Déjà plus de 2 semaines de voyage avec mon nouveau compagnon que j’ai appelé Nakei Geo (dévoreur de bananes en Wawulu). Nous étions heureux de quitter la route de Noumeaine de la côte Ouest ou vivent bon nombre de caldoches pour la féerie luxuriante de la côte Est et ses villages kanaks par le chemin transversale de la chaîne centrale de la Foa-Kouaoua. La végétation est époustouflante. Nous nous régalons ensemble de bananes bien sûr mais aussi de noix de coco, d’avocats et d’autres fruits tropicaux dont je découvre certaines espèces ! Les broussards (calédoniens de brousse, souvent caricaturés comme des cow-boys qui vivent au rythme du soleil, arpentant leur propriété à cheval et multipliant les coups de chasse, de pêche ou de fêtes) m’ont fait exploser l’estomac de leurs ragoûts et saucisse de cerf cuits au feu de bois.
Les kanaks eux ne manquent pas l’occasion de me préparer leur fameux « Bougna », plat traditionnel mélanésien cuit dans le four kanak, qui est construit de pierres chaudes placées au fond d’un trou de sable ou de terre. Aujourd’hui, dans la tribu de Koe près de Touho, ce sont les crevettes au curry que je vais déguster.
Plus nous avançons au Nord, plus la pêche aux gros poissons est miraculeuse.
Les mélanésiens nous accueillent avec beaucoup de respect, ils se disent fiers et honorés que j’ai choisi un cheval kanak pour ma traversée de l’île.
La culture mélanésienne, ou kanak, est une culture ancestrale de tradition essentiellement orale. Toutes les croyances et légendes sont transmises par les « vieux » qui perpétuent ainsi les traditions et coutumes.
Le personnage-clé de la vie familial kanak est l’oncle maternel, appelé « oncle utérin ». Dans l’organisation les sujets respectent le petit chef et le grand chef, en écoutant l’avis du conseil des anciens. La coutume et les règles de politesse sont encore bien vivantes, à l’occasion d’un passage en tribu, il est d’usage de « faire la coutume », c’est-à-dire d’offrir au chef un petit cadeau. Paréo, tabac, billet de banque, en signer de respect. Pour ma part, j’offre des cigarettes au chef et à mon hôte d’un soir. Nous rencontrons bon nombre d’animaux, allant du cerf Rusa à la roussette (grosse chauve-souris dont les kanaks raffolent !!!) en passant par le notou, le cochon sauvage ou le dindon. Nakei Geo est assez grand et très costaud pour un cheval de région tropicale. Quand je le vois « bouffer » tout ce qu’il trouve, je ne suis pas sûr qu’il ait mangé tous les jours à sa faim auparavant. J’ai l’impression que nous passons ensemble les plus beaux jours de sa vie. Il m’accueille systématiquement avec un léger hennissement en regardant désespérément ma main, espérant y trouver un fruit. Et ceci même si je le quitte seulement quelques secondes !!! Je le nourris essentiellement de riz, de corn flakes !!! et de pop corn !!!!!!!!! Que je fais sauter dans une gamelle tous les soirs.
Malgré la chaleur, la végétation et les multiples crevasses des chemins de terre rouge ravagés par les mines de nickel à certains endroits, nous avançons à une allure soutenue vers des régions plus isolées. Nous vous quittons pour l’instant en espérant bientôt de vos nouvelles. Amicalement. Nakei et Thierry
Mail du 10 juin 2007
Le 18 mai 2007 s’est terminée cette merveilleuse traversée de la Nouvelle Zélande après avoir chevauchée 3600 km en 5 mois d’Auckland à Bluff, la pointe Sud de l’île du Sud.
Ramené ma jument en van en 4 jours à Auckland.
Pour finir la traversée totale de la Nouvelle –Zélande d’Auckland à l’extrême Nord de l’île, le Cap Reinga.
Je suis bien sûr triste de me séparer de mon « premier amour » en Nouvelle-Zélande, Joey a été étonnamment brillante, n’aura jamais boitée une seule fois de tout ce parcours qui parfois a été éprouvant
Ne pensez pas que la Nouvelle-Zélande est facile à cheval, surtout lorsqu’on passe comme nous par le Central Otago du Southland, les grandes propriétés agricoles comme Molesworth, Erewhon (avec ces Clydsdales pure race), Mesopotamia ou bien les cols de Mackenzie Pass (la neige nous a surpris pendant 2 jours) de Hakataramea Pass et de Danzee Pass pour atteindre le Tussock (herbe brûlée) du lac Onslow.
Sachant aussi qu’après 1 mois et demi de voyage, ma belle, effrayée par une pente trop abrupte, m’a tout simplement sauté dans les bras en me fêlant une côte qui m’a gênée (surtout lorsque je l’oubliais !) jusqu’en fin de périple.
Mais quel fantastique spectacle.
Puis ce fut le Northland, d’Auckland au cap Teinga, qui déploie ses vastes forêts luxuriantes composées de feuillus et de conifères, avec une apparence subtropicale due aux palmiers, aux arbres fougères, aux orchidées et aux nombreuses fougères (plus de 2000 espèces différentes !).
Nous avons rencontré (de nuit) le fameux kiwi qui représente l’esprit, l’identité et l’emblème de la Nouvelle–Zélande, beaucoup d’opossums (importés d’Australie) qui sont un véritable fléau par leur transmission de la tuberculose aux bovins.
Rencontrer les Maoris ont été des moments forts en émotion, peuples bons vivants malgré leurs problèmes
Le traité de Waitangui signé en février 1840 par 46 chefs maoris devait protéger les tribus délimitant les terres des Pakehas (blancs) et des Maoris (ils ont la possibilité de vendre leurs terres, ce que font parfois tristement les petits enfants…) Il n’existe plus de Maoris « pure race » ! Mais leur gentillesse et leur sourire ont rempli mon cœur d’aventurier.
La couche d’ozone étant très mince au dessus du pays (vive la pollution !) les chevaux sont couverts toute la journée de la tête au pied afin d’éviter les irradiations du soleil. Joey est d’ailleurs revenue de robe jaune en été avant de reprendre sa couleur foncée à l’entrée de l’hiver.
Cette jument a été véritablement mon garde du corps, au bout de 2 mois, personne ne pouvait m’approcher (homme, chien ou autre) de trop près sans qu’elle ne vienne automatiquement s’interposer entre nous.
Surtout après m’être fait mordre profondément à la jambe par un chien sauvage.
Pauvre, chien, je lui ai probablement refilé la rage.
La symbiose avec Joey fut totale (comme elle l’était avec « The black mon étalon en Afrique du Sud).
Mais j’ai toujours entretenu leur socialisation qui me faisait préférer une ferme avec chevaux à l’étape.
Voilà. Joey est retournée à ces propriétaires enchantées de sa prestation et de sa sérénité. Elle est partie « petite fille survoltée » et revenue en « lady intentionnée ».
Je suis aujourd’hui en Nouvelle Calédonie et je chevauche l’île du Sud au Nord avec mon nouveau cheval de race Kanak, 7 ans, hongre.
Après quelques jours ensemble, je l’ai nommé « Nakei Geo » qui veut dire littéralement « dévoreur de bananes » en Wawulu (et qu’il porte bien son nom).
Puis ce sera les îles Fiji. Ensuite le Japon où je devrais passer mes 50 000 km à cheval sur les 5 continents pour mes 50 ans le 8 septembre.
Amicalement Thierry