L’histoire commence sur un quai de gare… Il faut imaginer deux personnages un peu fous qui s’étaient dit qu’il fallait avoir essayer avant de décréter qu’une chose était impossible. 60 a 70 kg de bagages par personne savamment ficelés sur 2 diables : 2 selles, 2 bâts, 4 caisses de bât et tout le reste…
Vous l’aurez deviné, la gare c’était celle de Blois et les 2 zigs… c’était nous il y a 10 jours, le 5 Mai, nous avions exactement 2 minutes montre en main pour tout mettre dans le train direction Paris. Notre paquetage ne faisait pas plus de 70 cm de large (largeur d’une porte de train) et nous nous étions entrainés dans le jardin de Maryse quelques jours plutôt a le manipuler pour pouvoir lui faire monter les marches du train en une seule fois. Ce n’était que la première étape d’une longue route qui devait nous mener jusqu’en Chine… by train of course !!!
Blois-Paris, Paris-Cologne. A Cologne, nous attendons fébrilement sur le quai, le train qui va nous emmener jusqu’à Moscou via la Pologne et la Biélorussie. Nous savons (pour avoir déjà fait le trajet) qu’a partir de maintenant il sera plus compliqué de négocier avec le personnel du train pour nous faire accepter avec tous nos bagages : ils seront biélorusses et ne parlerons probablement pas un seul mot d’anglais.
Le train arrive et s’immobilise… La provonidsta descend : elle a les épaules larges comme celles d’un haltérophile. Elle se campe sur le quai et a notre passage crache une glaire énorme sur le quai. Romain me souffle qu’a défaut de chocolat pour lui faire passer la pilule de nos 140 kgs de bagages, nous aurions du prévoir une bouteille de vodka ! Elle essaie bien de nous faire comprendre avec son collègue que nous n’avons le droit qu’a 35 kgs par personne, mais nous feignons de ne pas comprendre un traitre mot de ce qu’elle nous raconte alors que nous rangeons au mieux nos affaires dans notre compartiment minuscule. Ils finissent par baisser les bras, nous sortons la tablette de chocolat ; tout le monde est content ! Nous avons 36 heures de train et la frontière Pologne-Biélorussie a passer avant d’arriver a Moscou. Tout du long le paysage est plat, morne, il pleut.
Arrivés a Moscou, nous devons rejoindre la gare d’où part le tans-sibérien en métro. Une employée tente de nous en barrer l’accès : nous arborons notre plus grand sourire et faisons preuve de notre plus grande détermination pour passer le portique réservé aux handicapés et suffisamment large. La descente en escalator qui suit est interminable.
Quelques 12 heures d’attente plus tard, nous grimpons heureux dans le train pour Pékin.
Nous sommes au mois de Mai. En Sibérie c’est la débâcle : la neige fond. Au cours de la première moitie du trajet, nous traversons d’immenses forêts de sapins et de boulots les pieds dans l’eau. Nous traversons quelques villages composés de maisons en bois faites de bric et de broc toutes de "guingois". Autour des potagers clos de palissades. Là ou la terre est travaillée, elle apparait noire, tourbeuse.
Au fur et a mesure que nous avançons vers l’est, les paysages deviennent vallonnes, de grandes étendues d’herbes et quelques champs labourés apparaissent. Il y a de plus en plus de neige autour de nous. Après 4 jours de train, nous longeons pendant plusieurs heures le lac Baikal. Il est entièrement gelé. Nous apercevons deux hommes qui pourrait être des pécheurs en train d’attendre une prise près d’un trou dans la glace. Avec les montagnes enneigées autour de nous, le tableau est magique. Le train s’arrête 2 minutes dans une petite gare en bordure du lac. Plusieurs femmes avec des fichus sur la tête se précipitent devant les portes du train pour proposer leurs poissons crus fumés aux voyageurs. Cette fois-ci nous aurons de la chance, nous aurons le temps d’en acheter plusieurs avant que le train ne reprenne la route. Nous les dévorons avec plaisir. Dans le compartiment règne une odeur…. de poisson ! Heureusement, l’américain avec qui nous partageons notre cabine a pu en acheter lui aussi, il ne pourra pas nous jeter la première pierre !
Passe Oulan-Oude, la terre devient sableuse, les arbres disparaissent laissant place a une immense steppe qui attend impatiemment les pluies du printemps pour reverdir. On se croirait en Mongolie. Les troupeaux de chevaux apparaissent, il ne manque plus que les yourtes. La nostalgie nous gagne. Nous nous rendons compte combien nous avons aimé ce pays.
En roulant toujours plus a l’Est, nous perdons complètement la notion du temps : il n’y a pas d’heure locale ou plutôt, elle change tout le temps sans compter que comme nous sommes plus au nord, les nuits sont plus courtes a cette époque de l’année ! On s’efforce tant bien que mal a suivre le soleil. On se retrouve a se coucher a 18 h et a se lever a 1 h du matin.
La frontière Russo-chinoise est une nouvelle étape que nous sommes contents de franchir sans encombre. Nous avons par chance une revue de randonnée a cheval en notre possession : les photos nous permettent d’expliquer a quoi sert tout notre matériel.
Nous arrivons a Pékin 7 jours après avoir quitte Moscou. IL ne nous reste plus qu’a sauter dans un train pour Shanghai. Nous allons y rester 15 jours en attendant d’avoir notre extension de visa.
Mélanie et Romain